Marcel_Bossu

Obsèques Marcel Bossu, 3 mars 2022

Jacky Dubois

 

 

 

 

 

 

Quelle fierté et quel honneur pour moi de m’exprimer au nom de la CGT et du syndicat multipro des retraités CGT auquel Marcel était adhérent depuis plusieurs années, pour retracer quelques moments de sa vie. 

Marcel est né le 4 juillet 1931 à St Rémy, aîné d’une fratrie de 15 enfants dans une famille modeste très unie, marquée par la montée du nazisme, famille de militants inlassables. 

Embauché, comme traceur, en 1949 à la SFAC, le petit Creusot comme il était coutume de dire à l’époque, devenu par la suite Creusot Loire, il a vite su s’imposer par ses compétences professionnelles, son sérieux et son savoir faire. 

Marié à Solange, en 1960 à St Rémy, ils ont formés un couple hors paire et inoubliable par leur engagement commun, leur complicité et leur dévouement, unis dans leurs combats. 

Marcel nous a quitté ce vendredi 25 février après avoir lutté, avec dignité, contre les séquelles de la vie et de son accident. Il m’est difficile de prononcer son éloge, tant la tristesse m’étreint. Son décès est une grande peine. 

Marcel, Boboss comme il était familièrement appelé par ses collègues de travail, était très apprécié pour ses connaissances professionnelles, pour sa gentillesse et ses capacités à transmettre son savoir aux jeunes embauchés. 

Au delà de ses qualités professionnelles, Marcel était aussi, et surtout, un homme très respecté et engagé très jeune syndicalement et politiquement. 

Membre du Parti Communiste Français, il y a exercé de hautes responsabilités, il a été élu au conseil municipal de Chalon de 1977 à 1989 dont un mandat comme Adjoint en charge des grands travaux sous le Maire Roger Lagrange. 

Syndicalement, Marcel à été un grand militant CGT, dans l’entreprise dès 1953 où il a exercé plusieurs mandats d’élus du personnel, mais aussi comme membre du  syndicat de la métallurgie sur Chalon et auprès de l’union Locale, notamment en 1968 en contribuant à l’implantation de nouvelles bases syndicales dans les entreprises non organisées, 1000 adhésions et 26 bases crées durant ce mouvement social sur Chalon. 

 Il était accueilli parfois de façon agressive par les directions d’entreprise dont une n’a pas hésité à le pointer avec un revolver , il était d’ailleurs qualifié de « tombeur des usines de femmes ». 

Toujours à l’écoute des autres, très sensible au mouvement social, il vivait de bouffées d’espoir et n’a jamais failli dans ses combats. 

Marcel était un homme humaniste, ne supportant pas les injustices, les discriminations, les inégalités, c’était un homme droit.  

Il portait les colères et les espoirs d’un monde plus juste. La multiplicité de ses engagements dans la vie, dans les idées en faisait un homme, un militant extraordinaire, Marcel n’a jamais triché. 

Que n’a t il connu dans sa vie militante pour ne citer que quelques exemples, entre les crachats et insultes de ceux qui défendaient l’Algérie française alors que Marcel manifestait contre cette guerre injuste, sa traduction devant le tribunal de grande instance durant la grève de 10 semaines à Creusot Loire en 1976 pour son action syndicale, blanchi ensuite par le tribunal, en passant par sa convocation au commissariat suite à une plainte contre X déposée par la direction qui ne supportait pas les dessins, représentants le capitalisme, peints sur le mur d’enceinte de l’usine, sa réponse à l’inspecteur  a été de préciser qu’il ne s’appelait pas X mais Marcel Bossu, une nouvelle fois plainte classée sans suite. 

Comment oublier ce grand militant CGT qui, en tant qu’adjoint au maire, au-delà de ses multiples innovations pour la ville, à contribué à la construction de la maison des syndicats actuelle, et à toutes les avancées sociales obtenues au sein de Creusot Loire. Personnellement, je n’oublierais jamais sa capacité diplomatique et tranquille, hors du commun, à m’apprendre comment rédiger un tract, lorsque j’étais très jeune militant. 

Sa personnalité, nous pourrions la résumer avec ses mots : honnêteté, sincérité, calme, engagement, finesse d’esprit, connaissance syndicale, politique et sociale, respect de ses adversaires. 

Inlassable dans ses engagements, ses paroles étaient justes et souvent il nous disait : il faut aller au bugne à bugne, convaincre, se battre. Il n’attendait pas d’applaudissements ni à être sous les projecteurs, Marcel, portait haut et fièrement les drapeaux de la CGT et du parti communiste, il avait une authenticité totale, un rayonnement naturel. Chez lui l’homme et le militant, c’était un ensemble, il ne formait qu’un tout. 

Il fut le premier surpris d’apprendre en 1986 qu’il serait honoré de l’Ordre National du Mérite, pourtant, Marcel n’avait pas à rougir de cette distinction qui marquait une carrière d’engagements et de militantisme au prix de nombreuses dépenses d’énergie au service des plus démunis. 

Je pense que Marcel, dans le contexte actuel tiendrait ses mots profonds à la jeunesse : « j’aimerais dire aux jeunes aujourd’hui qu’il ne faut pas se laisser avoir, qu’il faut résister, lutter, se battre et ne pas croire tout ce que l’on veut vous faire croire ». 

L’engagement de Marcel était là, dans cette compréhension de nos douleurs et de nos joies. Nous perdons un membre de la famille pour ses proches, pour nous un ami très cher, un porte voix, un militant de grande qualité. 

Marcel nous a quitté, mais ses paroles, avec sa voix chaude et rocailleuse à la fois, son sourire, ses combats resteront dans notre mémoire, il restera vivant, malgré cette douleur du partir comme le chantait si bien Jean Ferrat. 

Il m’a été difficile de parler de Marcel au passé tant il reste vivant dans mon cœur et ma mémoire. 

Notre émotion, à tous est grande à l’heure de lui dire, au revoir mon camarade. Il est toujours difficile d’accepter la disparition d’un ami, d’un proche avec qui on a tant partagé. Partagé les moments de joie comme les épreuves les plus difficiles. 

Marcel, tes grandes qualités humaines et ton altruisme faisaient que ta compagnie était recherchée et appréciée. Déjà, aujourd’hui, tu nous manques, mais nous ferons tout pour poursuivre inlassablement ton combat juste, légitime, sincère et fidèle. 

Permettez moi, au nom de toute la CGT, du syndicat multipro des retraités de Chalon, de présenter, nos sincères condoléances à toute sa famille et à ses proches qui l’ont beaucoup aimé et su l’accompagner dans ses derniers instants, dans son dernier combat.